L'appel pour une vigilance républicaine du journal "Marianne" signé par des personnalités aussi diverses que N. Mamère, S. Royal, D. De Villepin, F. Bayrou, est un signe que la politique de notre président UMP divise, au delà des clivages habituels. On sent confusément que quelque chose d'essentiel est attaqué. Mais quoi au juste ?
En avoir ou pas ?
Dans la logique de M. Sarkozy, il faut apprendre à profiter des opportunités en fonction de ses intérêts du moment. Logique de courte vue. Tous les points de vue se valent. Il n'y a pas à discuter des moyens du moment qu'il y a un gain immédiat, un profit pour soi-même, un peu plus de pouvoir, une meilleure place dans la compétition. Dans la vision de cette droite-là, la valeur d'un homme s'évalue à la taille de son compte en banque et à sa position dans l'échelle sociale. Ces buts-là suffisent-ils à faire une politique, à donner un sens ? Cette conception "relativiste" attaque en réalité une certaine idée de notre socle républicain, idée qui faisait jusque là consensus et qui concerne le rôle du président, censé incarner une vision du bien commun. Je ne crois pas qu'on puisse tout faire : je crois qu'il y a des valeurs fondamentales qui doivent guider nos actes, je crois que certaines choses sont plus importantes que d'autres : la solidarité vis à vis des autres ici et ailleurs, un bien vivre ensemble, le respect du vivant, le respect de l'environnement ... Je crois que les hommes valent par ce qu'ils sont, pas par ce qu'ils possèdent.
Penser moins pour consommer plus
Tout le monde peut gagner sa place au soleil, c'est ce que nous dit notre président. Travailler plus pour gagner plus... On veut faire croire qu'avec le travail, en quantité, chacun peut ou pourra un jour améliorer sa condition. Le mythe du : "Un jour mon investissement et mes qualités seront reconnus et je serai récompensé(e)"... Je vois chaque jour dans mon travail des personnes usées, fatiguées, amères d'avoir tant donné... Pour quoi au final ? Un peu d'argent en plus? Parfois, pas toujours... Une progression en statut social ? Pour certains oui, mais combien laissés en route ? Une reconnaissance dans le travail? C'est justement ce qui fait le plus défaut. Une amélioration de sa vie personnelle ? Pas nécessairement. Car le prix à payer du "travailler plus pour gagner plus", c'est bien souvent ne pas voir ses enfants grandir, ne plus pouvoir prendre de temps pour soi, pour des activités épanouissantes hors travail, pour être avec les autres, ceux que l'on aime... Comme dit un de mes amis, cette logique défendue par la droite UMP, c'est plutôt "Penser moins pour consommer plus"... Je préfère défendre une autre façon de concevoir le monde qui ne propose pas comme seule finalité à notre vie le gain, la possession de biens matériels... Car la question n'est pas celle de la quantité et de l'avoir, mais celle de la qualité de la vie.
La politique de l'UMP : une politique de la méritocratie et des rivalités interpersonnelles
Plus grave est ce constat que ce mythe du "travaillez, travaillez, un jour vous serez récompensés" amène compétition interpersonnelle, rivalités et dissolution du collectif, du groupe, des solidarités et de l'entraide entres collègues, à l'intérieur des entreprises. Lutte des places... Il faut que tu travailles mieux que ton collègue, sinon c'est lui qui sera promu et pas toi... Il y a beaucoup à perdre dans ce mode de fonctionnement... Ce qui fait l'épanouissement professionnel, c'est l'activité que l'on mène, certes, mais aussi et surtout les échanges avec les autres, la rencontre, le partage. Les autres, les solidarités professionnelles, c'est aussi ce qui permet de tenir quand les conditions de travail sont dures, pénibles, stressantes. Avec le délitement des relations professionnelles, apparaissent les maladies, les accidents de travail, les dépressions, les tentatives de suicides dans l'entreprise. Il faut arrêter de croire que nous ne pouvons exister comme individus qu’en considérant les autres comme des rivaux.
Enfin, si l'on y regarde de plus près derrière cette logique, on voit aussi apparaître cette croyance que "chacun mérite la place qu'il a". Si on est au fond du trou, c'est que l'on mérite d'y être. Si on est en haut de l'échelle, on ne le doit qu'à soi-même et à son immense valeur personnelle! Cette croyance est profondément fausse et totalement injuste : elle nie les influences sociales, le fait qu'être né à Neuilly, ce n'est pas pareil qu'être né aux Minguettes, être fils d'avocat, ce n'est pas pareil qu'être fils ou fille d'un employé de la grande distribution ou d'un ouvrier d'usine. Tout est différent : culture, langage, soutiens, réseaux de relation...et les obstacles à franchir ne sont pas du tout comparables. Comment peut-on nier aussi facilement des décennies de recherche en sociologie sur la mobilité sociale, sur le rôle de l'école, souvent impuissante à gommer ces différences initiales... Ignorance ou idéologie décomplexée profondément individualiste ?
Et Dieu dans tout ça ?
Dans la guerre de tous contre tous, il semble utile pour certains, de ramener Dieu, sans doute pour cimenter le lien social que l'on détruit par ailleurs, d'où les attaques contre la laïcité... On ne peut tout mélanger, la croyance religieuse est une liberté de chacun, elle appartient à la sphère individuelle. Mêler le religieux et le politique c'est remettre en cause un fondement essentiel de notre république. Je suis signataire du texte "Sauvegardons la laïcité de la république" (appel-laique.org).
Finalement : Être ou avoir ? Quel est le plus important dans nos vies ?
La politique de N. Sarkozy, inaugurée au Fouquet's et sur le yacht de Bolloré, se situe clairement dans la politique de l'avoir. 25 000 sans-papiers à expulser, notation des ministres, 300 mesures du rapport Atali, gagner plus, sa politique est placé sous le signe du chiffre, sous le signe du plus, et non du mieux. On assiste à une chosification du monde. Tout peut être possédé. Y compris les personnes.
Mais l'essentiel dans nos vies, le bonheur, ne se situe pas dans l'ordre de l'avoir, celui des ressources physiques, monétaires, techniques... L'essentiel dans nos vies, le bonheur, se situe dans l'ordre de l'être, dans la façon de concevoir sa place dans l'univers en harmonie avec les autres, dans la façon de donner un sens à sa vie, de s'en sentir responsable et de se montrer solidaire de la vie des autres. Le bonheur est dans l'échange, le partage, l'amour, pas dans la possession matérielle, et ce sont là les valeurs fondamentales des êtres humains. Grandir en humanité dans la création et dans la coopération avec autrui est possible si nous savons nous situer dans ce qui est vraiment important : dans l’ordre de l’être, et non dans l'ordre de l’avoir et de la possession.
L'enjeu politique majeur qui se pose fortement aujourd'hui parce qu'il est menacé, est celui de l'art de vivre. Et il s'agit bien d'un enjeu politique et pas seulement d'un enjeu individuel. Il appartient aux femmes et aux hommes politiques de mettre en place les conditions de cet art de vivre.
Plusieurs personnalités politiques s'insurgent contre ces logiques de pensées poussées à l'extrême par le président de la République. Sans doute F Bayrou est-il un de ceux qui en ce moment parlent le mieux dans les media de ces dérives sarkoziennes... Sur ces sujets, un consensus est sans doute possible au delà des appartenances à différents partis politiques.
« Il y a suffisamment de ressources pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun » Gandhi
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